îliens, d’hier à aujourd’hui, l’île Callot vue par trois générations d’une même famille

îliens, d’hier à aujourd’hui, l’île Callot vue par trois générations

Etre né sur une petite île bretonne, l’idée plairait à bon nombre d’entre nous mais pourrait bien se traduire par une véritable angoisse pour les moins solitaires… Il faut dire que la vie insulaire divise : lieu de première captivité, l’île représente dans le même temps, une terre de fuite, d’oubli et d’aventures.

Pour trouver des témoignages de cette vie hors du temps, nul besoin d’aller bien loin. En Bretagne, au large du port de Carantec, dans le Finistère, s’étire l’île Callot. Du granit et du sable, un bout de terre de 2km de long sorti des eaux au beau milieu de la Baie de Morlaix, voilà de quoi alimenter l’imagination. Une île comme les autres vous dites ? Certainement pas Callot qui joue de ses deux visages : île à marée haute, elle se démasque pour devenir presqu’île lorsque la mer se retire.

la chaussee submersible de l'ile Callot à Carantec Bretagne

Le décor est planté : il est temps de rencontrer ses gardiens de la première heure, la famille L’Hour habitant les lieux depuis 1905. Que peuvent-ils bien penser de cette vie entourée par les flots ?

« Une vie rude de marin-cultivateur »

Ernest L’Hour a vu le jour dans la même maison que sa mère née en 1893 et que sa grand-mère née en 1858. Abritée en contrebas de la ravissante chapelle Notre Dame de Callot, il y vit encore avec son épouse Yvonne, qui a quitté les terres de Guiclan pour le rejoindre dans ce quotidien salé. Ils conservent ainsi la mémoire des lieux et se souviennent de la vie sur l’île avant. Avant l’installation de l’électricité et de l’eau courante dans les années 50, avant la route submersible construite dans les années 60, et aussi avant, lorsque l’île accueillait et faisait vivre plus de 14 familles à l’année.

famille l'hour habitants de l'ile Callot à Carantec, Bretagne

À cette époque, les habitants vivaient principalement d’une richesse insoupçonnée, l’or noir de Callot :le goémon. Il fallait le récolter, le sécher, l’aérer, le découvrir, le protéger des intempéries… et ce pendant une période plus ou moins longue en fonction de la météo. Une fois bien sec, il était mis en sac et vendu au kilo à des entreprises spécialisées du continent. Il servait ainsi d’engrais pour les cultures ou permettait de fabriquer de la teinture d’iode, un puissant antiseptique.

La vie était rude pour ces habitants qui exploitaient les ressources de la mer mais qui n’en oubliaient pas pour autant la terre. Pêcheur d’oursins d’octobre à avril et goémonier au retour du printemps, Ernest L’Hour devait également avoir les bras aux champs, aidé de son beau-père. Deux ou trois vaches, un cheval – indispensable pour le labour et la récolte des algues : chaque maison possédait sa ferme pour revendre une partie de sa production à Carantec et conserver l’autre pour nourrir les grandes familles de l’époque.

Car les jeunes îliens étaient nombreux. Pour preuve, l’école construite en 1936 au milieu de l’île a vu jusqu’à 25 élèves sur ses bancs, de la maternelle jusqu’au certificat d’études. Les plus grands allaient ensuite à Carantec ou en pension à Morlaix ou St Pol de Léon. La classe unique était dirigée par une institutrice venue du continent qui y avait ses appartements. Le benjamin de la famille L’Hour en a connu la fermeture en 1975, il n’y restait plus que quatre élèves.

Car dans les années 50, le goémon breton ne paie plus. Quelques ostréiculteurs se sont bien installés après-guerre sur Callot en rentrant d’Angleterre. Mais l’économie de l’île est au plus bas et l’exode est inévitable. Aujourd’hui, on recense moins d’une dizaine de maisons réellement habitées en hiver.

À plus de 80 ans, Ernest et Yvonne profitent de la douceur de vivre et quittent Callot le moins souvent possible. Surnommés à juste raison les gardiens de l’île, Yvonne gère chaque jour l’ouverture et la fermeture de la chapelle afin que les visiteurs puissent la découvrir au gré de leur balade. Ils veillent également sur quelques maisons en attendant le retour de leurs propriétaires à la belle saison. Avec le recul, le manque de confort leur a semblé rude. « Mais finalement, c’est quand la vie est difficile que l’on se rend compte qu’elle est belle ! »

« Des souvenirs d’enfance magiques »

Arrivé à l’âge de trois mois sur l’île, on peut dire que Bertrand L’Hour y est né ! Pour lui, Callot évoque le parfum des doux souvenirs d’enfance. Le temps où il aidait son père et son grand-père dans les champs, avec le cheval qu’il avait exceptionnellement le droit de monter. Ou encore les départs pour la catéchèse, où les enfants, tel un convoi, se rejoignaient d’une maison à l’autre pour partir groupés à Carantec… avec un arrêt immanquable devant la seule télé de l’île, chez Mme Autret, le temps d’apercevoir un épisode de Rintintin !

Aujourd’hui, après 18 ans dans la Marine et plusieurs tours du monde, Callot reste pour lui le paradis sur terre. Un paradis dont il faut défendre les intérêts, comme ceux de ses habitants. C’est ce qui l’a conduit à s’engager dans la vie politique locale. Quant à penser à y vivre, « il s’agit seulement d’un doux rêve, le monde du travail n’étant pas compatible ».

« Profiter des instants sur l’île sans être coupé du monde »

Vincent L’Hour, 26 ans, connait Callot comme sa poche. Que ce soit à l’occasion de rendez-vous familiaux chez ses grands-parents ou de pique-niques improvisés en bateau entre amis, l’île n’est jamais très loin. Il a en effet eu la chance de pouvoir revenir vivre à Carantec en intégrant récemment le service jeunesse de la commune. Un choix de vie pour lui, très attaché à la famille et à ce cadre exceptionnel.

La double vie de Callot, c’est ce qu’il apprécie le plus. « Grâce au phénomène des marées, on y rencontre promeneurs, familles, touristes comme carantécois. Mais à l’heure où la chaussée se recouvre, l’île nous appartient de nouveau ! »

Et lorsqu’on lui demande de quelle façon il voit Callot dans plusieurs dizaines années, il espère que celle-ci sera toujours aussi belle et protégée, et surtout que chacun puisse continuer à en profiter.

l'ile Callot à Carantec Bretagne

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