La chapelle Notre-Dame de Callot : entre Histoire et légendes

Nombreux sont les visiteurs à passer par l’incontournable « Chaise du Curé » pour l’admirer ! Ce point de vue si célèbre de Carantec offre l’un des plus beaux panoramas sur la baie de Morlaix. Très vite, les yeux sont attirés par une fine silhouette qui s’étend sous la forme d’un hippocampe du port vers le large.

île Callot CarantecCallot, île ou presqu’île ?

Ces blocs rocheux reliés entre eux par d’étroites bandes de sable forment une île ? Une presqu’île ? Tout dépend de l’état de la marée car Callot (prononcez le T !) joue d’un double visage suivant l’avancée des flots.

Au loin, un clocher vous appelle… c’est celui de la chapelle Notre-Dame de Callot qui se profile sur le fond du ciel. Mais comment l’atteindre ? Tout en cheminant sur la chaussée submersible qui mène vers l’entrée de l’île et ses plages de sable fin (pour garder les pieds secs, attention aux horaires de marées !), parcourez les secrets d’Histoire et les légendes qui alimentent l’un des lieux les plus antiques de la Bretagne.

Pour les siestes de l’âme

La chapelle Notre-Dame de Callot respire la spiritualité depuis la nuit des temps. Anatole Le Braz ne s’y était pas trompé en écrivant après une visite à Callot à la fin du XIXè siècle « La chapelle de Callot est un lieu idéal pour les reposantes siestes de l’âme, et même lorsque mugissent les sauvages rafales de l’hiver, rien n’en doit émouvoir la paix fluide et troubler le silence lumineux ».

île Callot Carantec chapelle

Mais quelle est l’origine de ce lieu de culte dédié à la Sainte Vierge ? À l’entrée de l’île, empruntez le sentier qui mène droit au promontoire sur lequel fut érigé l’édifice religieux, et suivez les traces des nombreux pèlerins d’antan. Il faut remonter jusque l’an 502 pour découvrir ce qui a motivé la création de ce lieu spirituel isolé au cœur de la baie de Morlaix.

Prince breton contre viking Danois

Les Bretons, en grand nombre au V et VIè siècle fuyaient leur patrie, la Grande-Bretagne actuelle, devant les invasions Anglo-saxonnes. Ils traversèrent la Manche pour s’installer en Armorique qui reçut plus tard le nom de Bretagne. Ce peuple, déjà chrétien, était accompagné par des prêtres et moines qui sont depuis invoqués comme des Saints. Ils sont à l’origine de la fondation de nombreuses paroisses qui ont pris leur nom. C’est ainsi que Saint Carantec, moine gallois du VIIè siècle, donna son nom à la commune.

À cette époque, l’île Callot était occupée depuis longtemps par des pirates danois. Commandés par un certain Korsold, les vikings accumulaient leur butin sur l’île après des razzias sur le continent. Arrivé de Bretagne avec quelques éléments de troupe, Riwallon Murmaczon était un des nombreux chefs bretons chargé de diriger l’émigration. Après avoir parcouru le Léon pour faciliter l’établissement de ses compatriotes, Riwallon se présenta devant Callot et se résolut à mettre fin aux pillages danois. Une première fois, il battit Korsold sur la terre ferme. Cela ne pouvait satisfaire le prince breton qui décida d’attaquer l’ennemi dans son repaire. Avant la bataille, il voulut s’assurer du secours de la Vierge Marie et, avant donc de franchir la passe, se mit à genoux et les bras au ciel s’écria : « Vierge Toute-Puissante, si tu me donnes la victoire, je promets d’élever en ton honneur un sanctuaire là-même où le brigand Korsold a planté sa tente sur le sommet de la colline. » L’assaut fut ordonné et les Danois furent massacrés par milliers. C’est ainsi que Riwallon Murmaczon, devenu roi de Domnonée (partie nord de la péninsule armoricaine), honora sa promesse en posant la première pierre de la chapelle votive en 513. L’île fut dés lors appelée par les Bretons dans leur langue : Enez Itron-Varia ar Galloud (le pouvoir), c’est-à-dire île de Notre-Dame de Toute-Puissance, d’où le nom actuel de Callot.

plage île Callot Carantec

La tentative normande

Le sanctuaire de N.D. de Callot eut à nouveau à se défendre contre la cupidité des pirates du Nord au IXè siècle. Cette fois encore, Histoire et légende se confondent et illuminent le riche passé de l’île. Les Normands tentèrent un jour d’aborder les abords de Callot pour s’emparer des richesses de la chapelle. La nuit était sombre et leurs drakkars silencieusement s’approchaient du rivage. Mais soudain les nuages s’ouvrirent et un clair de lune resplendissant leur fit découvrir derrière chaque rocher des ombres casqués, mouvantes et menaçantes. Les fougères qui couvraient la colline se changèrent en des guerriers armés de pied en cap, formant un rempart autour de la chapelle. Saisis de terreur, les Normands s’enfuirent toutes voiles dehors, n’osant rien tenter contre cette région manifestement protégées du ciel.

Lexobie, la ville d’Is des côtes de la Manche

À la riche histoire de Callot s’entremêle celle de Lexobie. En avez-vous déjà entendu parlé ? Depuis la colline, face à la chapelle, scrutez l’horizon : à l’ouest, la baie du Paradis et les clochers de St Pol de Léon se dévoilent. Vers l’est, la silhouette géométrique du Château du Taureau se repère facilement, entourée par un chapelet d’îlots si caractéristique de la baie de Morlaix. Davantage vers le large, sur la ligne d’horizon, vous distinguerez si le temps est clair, un hérissement de rochers : ce sont les Triagoz.

Tendez l’oreille : comme l’affirment de nombreux marins, vous entendrez peut-être des tintements de cloches, des glas… Ils proviennent des ruines ensevelies de cette grande cité perdue sous les flots, Lexobie. Elle avait dit-on trente églises et un évêque officiait dans chacune d’elles. Un raz-de-marée l’engloutit par une terrible nuit d’hiver et les flots dépassèrent la croix de ses plus hauts clochers. Les Triagoz au loin, les îles de Carantec tout près, en étaient les points culminants et en demeurent aujourd’hui les seuls vestiges visibles. Un vieux proverbe breton y fait allusion : « Etre an Triagoz hag an Taro, Ema gwele ar maro », c’est-à-dire « Entre les Triagoz et le Taureau, le lit de la mort se trouve sous l’eau ».

île Callot Carantec table d'orientation

Un sanctuaire célébré en tout temps

Callot fut un lieu de pèlerinage très fréquenté. Les corsaires morlaisiens avaient par exemple pour habitude de saluer la chapelle vénérée d’un coup de canon lorsqu’ils partaient vers le large. Saccagée et convertie en poste militaire pendant la Révolution, la chapelle fut restaurée en 1801 sous l’impulsion du recteur et du maire de Carantec. Les travaux entrepris furent conséquents : le toit n’existait plus et les murs étaient en partie écroulés. Les carantécois ne mesurèrent ni leur aide, ni leur argent pour remettre en état l’édifice, ré-ouvert aux pèlerins en 1808. C’est d’une plume enthousiaste qu’Anatole Le Braz décrit la procession en bateau qui se rendait à Callot à la fin du siècle dernier : « Soudain le clocher vibra et, comme un signal longtemps attendu, des hâvres invisibles de la côte 10, 20, 50 embarcations surgirent, faisant cap dans la direction de l’île miraculeuse. Sous leurs voiles multicolores voguaient des paroisses entières avec leur clergé, leurs croix, leurs bannières historiées, leurs oriflammes… »

De nos jours, deux pardons sont célébrés tous les ans à Callot. Ces derniers n’ont plus l’importance et l’ampleur d’autrefois, cette époque où les pèlerins, arrivés dès la veille de 50 km à la ronde, envahissaient Carantec et attendaient avec impatience l’heure de la marée basse. Mais les fidèles restent nombreux et très fervents aux solennités du lundi de la Pentecôte et du dimanche qui suit le 15 août. Pour ce dernier jour, les estivants se mêlent à la population locale pour une longue procession qui regroupe chaque année plusieurs centaines de personnes, depuis le port jusqu’à la chapelle de Callot. En tête, la croix d’argent de Carantec, précédant plusieurs bannières portées avec fierté par des hommes et des femmes en costumes traditionnels. Sur leurs brancards de procession, Notre-Dame de Callot et Saint-Carantec précédent les prêtres. Au pied de la chapelle perchée sur la colline, de nombreuses personnes attendent les pèlerins qui apparaissent, émergeant des herbes de la dune. La messe est célébrée et le pardon se poursuit dans la convivialité par un fest-deiz en centre-ville de Carantec dans l’après-midi.

Votre pèlerinage à travers le temps et les légendes de Callot est désormais terminé. Reprenez le chemin de Carantec à travers les dunes ondulées et les pâtures de choux-fleurs et d’artichauts, pour retrouver le littoral carantécois, si bien décrit par Emile Bosson, auteur d’un bel ouvrage sur l’histoire de l’île Callot en 1956. « Tout en avançant, nous nous plaisons encore à considérer le travail de la mer qui depuis des siècles, lentement mais sans relâche, telle une brodeuse, découpe ces rivages en festons capricieux et cependant toujours harmonieux, ces plages en demi-cercle où viennent mourir les flots frangés d’écume, ces pointes de rochers qu’ils prennent d’assaut dans un éclaboussement neigeux qu’illumine le soleil ».

Bonne traversée !

plage île Callot CarantecBibliographie : Emile Bosson, N-D de Callot, Côte des Enchantements

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s