Le Yvon-Salaün fait sa vedette en Baie de Morlaix !

Si vous êtes un habitué des quais morlaisiens, vous n’avez pu passer à côté de l’emblématique vedette orange et verte stationnée toute l’année aux écluses. Devenue une figure des régates de la baie de Morlaix, l’ancien canot de sauvetage Yvon Salaün manœuvre comme un chef parmi les îlots éparpillés de Carantec à Plougasnou en passant par Morlaix et Locquirec.

À son bord, une fine équipe de marins bénévoles, tous très attachés au bâtiment désormais classé Monument Historique. Il faut dire que le Yvon-Salaün n’est plus tout jeune : 62 ans qu’il roule sa bosse dans les eaux bretonnes. Un âge avancé qui ne l’empêche pas d’afficher une robustesse à toute épreuve suite à un sérieux lifting cet hiver, ainsi qu’une actualité digne d’un jeunot !

43 ans à veiller sur l’océan

En service dès 1955 à la station de Portsall à la pointe Nord-Ouest du Finistère, le canot tous temps de 14,50 mètres de la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer) a multiplié les missions de sauvetage en mer pendant presque un demi-siècle.
Construit par les Chantiers Lemaistre à Fecamp (Normandie), il a sur le papier tout d’une machine de guerre, prête à en découdre avec les terribles tempêtes de l’Atlantique. Sa coque entièrement construite en bois et ses dix compartiments étanches lui assurent l’insubmersibilité, tandis qu’un lest de quille de 2,5 tonnes lui permet d’être auto-redressable. Doté d’une importante capacité de remorquage, sa propulsion était à l’origine constituée de deux moteurs de 55 CV chacun, remplacé en 1986 par deux moteurs de 140 CV.

Après avoir porté assistance à de multiples embarcations en perdition et sauvé d’innombrables vies humaines, la vedette de Portsall se paye désormais le luxe d’une retraite bien méritée en baie de Morlaix.

Des bénévoles aux petits soins

Au départ, l’idée d’une bande de copains : « On s’interrogeait sur le sort de ces bateaux mis en retraite forcée et nous souhaitions protéger et valoriser ce patrimoine maritime exceptionnel. » raconte André Orlac’h, président de l’association pour la Conservation des Anciens Canots de Sauvetage créée en 1998 lors de l’acquisition pour le franc symbolique du bateau. « Ce sont de magnifiques bateaux, tout en bois, acajou ou teck… nous souhaitions coûte que coûte conserver le Yvon Salaün en état de navigation ».
Pari gagné haut la main même si les débuts furent difficiles « Dans le coin, les gens se demandaient ce qu’on allait faire avec ce rafiot… du temps et de l’argent, cela fut un investissement personnel important pour nous tous, d’autant que nous n’avons jamais eu le moindre centime d’argent public pour entretenir le bateau. On fait tout nous-mêmes, le savoir-faire des bénévoles est donc primordial ».
Mécanicien, menuisier, peintre, (même si la peinture, refaite tous les ans, est l’affaire de tous !) mais aussi ancien de la Brittany Ferries, marin-pêcheur, ambulancier ou infirmier… les dix bénévoles, membres de la SNSM pour certains, se retrouvent une à plusieurs fois par semaine autour de ce projet commun.

Longue vie au sexagénaire !

Cet hiver, trente ans après son dernier chantier d’envergure en 1986 à Saint-Malo, le Yvon-Salaün s’est refait une beauté dans son ancien abri de l’époque à Portsall. Un sérieux lifting avec pour programme la rénovation totale du toit de la cabine, le décapage du pont, la dépose des réducteurs-inverseurs de la salle des machines, le ponçage de la coque… Une réfection opérée minutieusement par l’équipe et à l’identique, dans le respect de l’aspect d’origine de l’ancienne vedette. « Nous sommes sous convention avec la SNSM afin de préserver le canot tel qu’il était lors de son activité en sauvetage » explique le bénévole en chef. Des efforts récompensés au printemps 2016 avec le classement de la vedette au titre des Monuments Historiques.
« Nous sommes maintenant tous retraités et nous ne savons pas si des jeunes s’intéresseront à poursuivre notre mission lorsque l’on ne pourra plus s’en charger. Sans compter que nous avons toujours le risque de tomber sur un chantier très coûteux, le bateau prenant de l’âge. L’inscrire aux Monuments Historiques était le meilleur moyen de garantir la pérennité de notre travail et la sauvegarde du bateau… ».

Une actualité débordante

Flambant neuf, le canot a repris ses quartiers dans le port de Morlaix, mais pas pour longtemps ! La saison s’annonce festive. Surveillance de régates, comités de courses, participations à des fêtes maritimes, affrètements par des entreprises ou des particuliers… le calendrier est chargé à l’arrivée des beaux jours. Après le Tresco Trophée, partenaire incontournable du Salaün qui y est présent en tant que bateau comité et encadrant de la course depuis 1999, l’ex-canot tous temps reviendra en Mer d’Iroise pour les 150 ans de la station SNSM des Abers (le 8 juillet), puis le siècle et demi de la station de Portsall (le 5 août), suivi, le lendemain, des 120 ans de celle d’Argenton.
Lors de la saison dernière, le canot a survécu à 42 jours d’activités, dont 40 jours en mer… une retraite active pour un sexagénaire en pleine santé !

Où le trouver ?

Sur le port de Morlaix, au niveau des écluses. Un panneau sur place y explique l’histoire du canot.
Affrètement possible pour entreprises et particuliers. Capacité d’accueil : 15 personnes.

Contact :
Association pour la conservation des anciens canots de sauvetage
Parc au Duc, 29600 Plourin-les-Morlaix
Tel. 02 98 88 48 85
a.orlach@wanadoo.fr
www.yvonsalaun.fr

Qui était Yvon Salaün ?

Né en 1921 à Portsall et fils de patron-pêcheur, Yvon Salaün embarque à l’âge de 15 ans, après l’obtention de son certificat d’étude, comme mousse à la petite pêche. Sérieux, travailleur et courageux, il devient vite un bon marin sous les ordres de son père. Le 19 juin 1940, à l’heure de l’invasion allemande, il traverse la Manche à l’âge de 19 ans en direction de l’Angleterre à bord du canot de sauvetage de Portsall « Charles et Marie Chevillotte ». Sur place, il s’engage dans les FNFL, obtient rapidement un diplôme de gabier pour devenir instructeur puis matelot de bord. Il participe alors comme quartier-maître sur « La Combattante » en juin 1944 au débarquement des alliés sur les côtes normandes. Il revient avec son navire à Brest en 1945 pour profiter une petite dizaine de jours de sa famille, après en avoir été séparé pendant plus de quatre ans et demi. Malheureusement, « La Combattante » reprit du service et sauta sur une mine en Mer du Nord, le 24 février 1945 à minuit. Yvon Salaün, qui venait de quitter Portsall, disparut avec l’arrière du navire coupé en deux.
La mère d’Yvon Salaün fut nommée marraine du bateau éponyme lors du baptême de celui-ci en 1955.

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