Plouégat-Guerrand sous les feux de la rampe

Des cameras et des figurants costumés, un cheval dans les allées du château, un fourgon longeant un pré pour un travelling… Mais que s’est-il donc passé à Plouégat-Guerrand, petit village entre Baie de Morlaix et Monts d’Arrée, le dimanche 19 mars 2017 ? Ce n’est pourtant pas la première fois qu’il se passe des choses étranges dans cette commune rurale du Trégor Finistérien, car, autrefois, un sinistre personnage en hantait la campagne. Et certains affirment même avoir croisé le fantôme du marquis du Guerrand bien après sa mort.

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Les douze travaux de Goasven à Plougasnou

Parmi la multitude de châteaux et de manoirs qui pullulent en Baie de Morlaix et sur Plougasnou, il en est un devant lequel le visiteur passera peut-être sans même se douter de sa présence, ni soupçonner son histoire. En bordure de la départementale qui contourne le bourg, à l’angle de la route de Pontplaincoat, le manoir de Goasven se cache aux regards derrière une grande haie, veillant jalousement sur ses trésors, en attendant le jour où il arborera à nouveau au grand jour sa splendeur d’antan.

Manoir_de_Goasven, Plougasnou, Bretagne

Une histoire de passionnés

Car remettre en état le Manoir de Goasven, c’est avant tout le travail titanesque dans lequel se sont lancés depuis 2003 ses actuels propriétaires, Joëlle et Louis-Luc Vendeville. « C’est la réalisation d’un vieux rêve qui nous anime depuis bien longtemps ». Racheter un manoir et entreprendre sa restauration, c’est en effet une affaire de passionnés.

Une idée qui a germé depuis les années 80, avant d’aboutir à l’occasion d’un rapprochement familial. Et bien sûr, il a fallu dénicher la perle rare. « Ce qui m’a décidé, c’est de visiter l’intérieur. C’est un manoir vraiment typique du XVème siècle en Bretagne, avec des éléments architecturaux remarquables. »Explique Louis-Luc Vendeville.

Manoir_de_Goasven, Plougasnou, Bretagne

Un Manoir typique du XVème siècle

Une datation que confirment les documents historiques et la généalogie. « Nous avons réalisé de nombreuses recherches dans les archives pour trouver des documents, mais ils sont relativement peu nombreux. Nous avons affaire à une petite noblesse rurale, chez laquelle on avait peu l’habitude de consigner des actes notariés, pourtant précieux pour les inventaires et les détails qu’ils nous fournissent des siècles après. » Mais à cœur vaillant rien d’impossible et ce n’est pas la difficulté qui rebute nos passionnés. « Nous cherchons toujours, nous parviendrons bien à trouver d’autres informations qui nous aideront pour la restauration. »

Manoir_de_Goasven, Plougasnou, Bretagne

Des archives aux travaux

Ces documents ont déjà permis d’éclaircir certains éléments. Les premiers seigneurs du manoir, la famille La Forest de Goasven, sont mentionnés dès 1427 dans les archives bretonnes. C’est l’alliance de Jean de la Forest avec la famille de Tremenec, dont il a épousé la fille Marguerite de Tremenec, qui a sans doute été un déclencheur : leur fils Antoine est le premier seigneur de Goasven, marié avec Jeanne du Dresnay avant juin 1491. « Nous supposons que cette union a permis la construction du manoir, avec l’assise de la famille de Tremenec et l’argent de la famille de La Forest. » Cinq générations de seigneurs de Goasven se succèdent avant que la suite de l’histoire du château ne devienne plus nébuleuse. « Mais à la Révolution, en 1790, le tout premier maire de Plougasnou, vivait à Goasven. M. Barvet y est né en 1715 et mort en 1790. Il n’a exercé son mandat qu’une année pour s’éteindre à 75 ans. »

Manoir_de_Goasven, Plougasnou, Bretagne

C’est qu’ils en ont vu passer ces murs imposants, ce plan en « L », avec sa tour d’angle octogonale, typique des manoirs bretons du XVème siècle, ses cheminées aux consoles à angles vifs et aux manteaux obliques, et ses fenêtres à meneaux. Mais, même s’il a eu la chance d’être toujours habité, et donc, préservé des ravages du temps, le fier manoir de Goasven a souffert et nécessite encore de nombreuses réparations pour se refaire une jeunesse.

« Point gesnant. Point gesné », devise des seigneurs de Goasven

Des travaux colossaux donc, qui ont commencé par la réfection et la réorganisation des bâtiments annexes, atour de la cour ceignant le logis seigneurial. « Nous gardons la restauration du manoir à proprement parler pour la fin, pour plusieurs raisons. D’abord une question pratique, parce qu’au début, c’était la seule partie habitable. Ensuite parce qu’il va falloir restaurer toute la tour, actuellement tronquée, et qui soutient l’intégralité la structure du bâtiment, ce qui représente un budget important. Enfin, pour se laisser le temps d’amasser un maximum d’informations pour tenter de restaurer avec le plus de justesse et de rigueur historique possible. »

La besogne, ce n’est pas ce qui manque à Goasven. « Le cadastre napoléonien de 1827 montre que l’agencement général du manoir a peu évolué. Le bâtiment des écuries, que nous avons reconverti en habitation, n’a plus la même orientation et a été allongé, mais le schéma classique de la cour, avec le manoir entouré des granges, et communs, et avec une basse-cour séparée, demeure. Le mur d’enceinte, où se trouve actuellement l’accès principal, a disparu, mais nous pouvons le situer, ainsi que l’ancienne entrée, dont nous avons pu dégager le dallage. »

Manoir_de_Goasven, Plougasnou, Bretagne

En attendant, les travaux vont bon train, et les bâtiments retrouvent peu à peu des murs droits, des charpentes non vermoulues, des ardoises anciennes, et tout leur cachet. « Nous avons fait appel à des maçons de Saint-Thégonnec, spécialistes de ces sites chargés d’histoire. » Car pour démonter un mur pierre par pierre et le remonter en conservant le système de maçonnerie à l’identique, un minimum de doigté et d’expérience sont nécessaires. « C’est un travail absolument passionnant » confirme Louis-Luc Vendeville. « Cette entreprise utilise du sable, de la chaux, de la terre et les matériaux de l’époque. Nous avons creusé pour retrouver cette terre argileuse rouge typique, présente sur place, et qui avait été utilisée déjà comme mortier à la construction du manoir. »

Manoir_de_Goasven, Plougasnou, Bretagne

Et ce sont encore mille et uns autre détails dont regorge le manoir… la couleur d’une pierre, l’alignement d’ardoises, un linteau en bois incongru… Un foisonnement d’informations, de questionnements et d’anecdotes que les propriétaires des lieux ont plaisir à expliquer aux visiteurs.

Un nouvel avenir pour Goasven

Mais pour le moment la priorité, c’est de sauver les bâtiments. « En 2014, nous attaquerons le cœur du manoir, le logis seigneurial. Pour l’été prochain, nous espérons que la cour sera accessible et que, dans un an, pour les journées du patrimoine, nous pourrons ouvrir le site plus largement au public. Cette année, ça aurait été trop compliqué, voir dangereux, compte tenu des travaux. »

Manoir_de_Goasven, Plougasnou, Bretagne

Et pour la suite ? « C’est un énorme projet. Si nous n’en voyons pas le bout, peut-être que nos enfants, l’une architecte et l’autre historien, reprendront la flambeau. »

La passion de l’histoire et des vieilles pierres est une affaire de famille chez les Vendeville, et la survie du manoir de Goasven est entre de bonnes mains. Il vous attend, à la sortie du bourg de Plougasnou, pas très loin de ses compatriotes, les manoirs de Pontplaincoat et de Kernizan, et espère bientôt pouvoir se montrer à nouveau au faîte de sa gloire, suite à cette campagne de travaux digne d’Hercule lui-même !